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 Livre - Manuel de Savoir-Vivre à l'usage des Rustres et des Malpolis

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Kr!s
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MessageSujet: Livre - Manuel de Savoir-Vivre à l'usage des Rustres et des Malpolis   Sam 8 Jan 2011 - 18:49

Encore un bouquin de Desproges, j'ai prévu de présenter une petite série (j'ai toute la collection à la maison^^)
il s'agit de son premier "ouvrage" dont le sujet est celui des bonnes mannièresn dans les situations les plus délicates: comment vieillir sans déranger les jeunes, comment se suicider sans vulgarité, comment distinguer l'amour des toilettes, qui emmener en voyage de noces, comment répondre poliment à une lettre du Trésor public (excellent)...

allez je peux pas m'empêcher de mettre un extrait: Comment vieillir sans déranger les jeunes
un peu long, mais tordant
Citation :

Comme le disait si justement le général de Gaulle peu de temps avant de couler: " La vieillesse est un naufrage. "

Oui, hélas, la vieillesse est un naufrage, et nous sommes tous sur le même bateau, mes frères. Et nous voguons insouciants, jusqu'au jour où le miroir nous renvoie les premiers signes avant-coureurs de la dégradation du temps; à moins que nous préférons les découvrir d'abord chez les autres un jour, comme ça, par hasard, on voit Guy Béart chanter en duo avec Jeanne Moreau à la télévision, et tout à coup l'on se demande lequel est le grand-père de l'autre...

Vieillir... " Mourir, la belle affaire, mais vieillir ! " soupirait le chanteur éclatant qui mourut jeune. Certes, il est pénible de vieillir, mais il est important de vieillir bien, c'est-à-dire sans emmerder les autres. C'est une simple question de bonne éducation.

Même Diogène en son temps l'avait déjà compris, qui eut le bon goût de mourir au fond d'un tonneau, dans le seul but de ne pas déranger ses enfants légitimement gérontophobes. Car la jeunesse est le levain de l'humanité. Elle a besoin de dormir dans le calme, loin des insupportables gémissements des grabataires arthritiques égocentriques qui profitent de leur oisiveté pour agoniser tambour battant, même la nuit, alors que, nous le savons tous, il est strictement interdit de mourir bruyamment après vingt-deux heures.

Vieux parents, vous tous qui déclinez en parasites, accrochés à vos familles, vieux oncles, vieilles tantes, si vous voulez bien vous donner la peine de respecter les simples conseils qui vont suivre, vous saurez alors comment vous éteindre sans bruit, comme un réfrigérateur qui cesse de trembloter quand on le débranche, et vos chers enfants émus pourront vous rendre ainsi l'ultime hommage posthume : " Tiens ! le chat n'est plus sur Mémé, sans doute qu'elle est froide. "

Tout d'abord, pour vieillir discrètement sans gêner les jeunes, persuadez-vous une bonne fois pour toutes que les vieux, sans être à proprement parler des sous-hommes, constituent humainement et économiquement la frange la moins intéressante d'une population.

C'est pourquoi les gouvernements ne se préoccupent de réajuster le minimum vieillesse qu'à la veille des élections. Vous devez bien comprendre que les problèmes inhérents à vos vieux os cliquetants sont nettement moins préoccupants que ( par exemple ) la très douloureuse et très angoissante question de la vignette moto qui a bouleversé durement toute une partie de notre belle jeunesse bourrée d'idéal vroum-vroum. Un vieux peut vivre avec cinq cents calories. Un jeune ne peut pas vivre sans sa cinq cents Kawasaki.

Donc, chers vieux, chères vieilles, pendant que vous vous tassez doucement, profitez en pour vous écraser mollement. Chez vos enfants sachez cacher habilement votre décrépitude. N'oubliez jamais que votre détresse humaine est légèrement ennuyeuse pour votre entourage. Certes, les chiffres des instituts nationaux de statistiques nous disent que le nombre des dépressions nerveuses est fort élevé chez les vieillards. Certains même, dit-on, auraient peur de mourir ! A leur âge ! Laissez-moi rire ! Un peu de décence tout de même : le stress et le mal de vivre, c'est comme le jean et le disco chez les vieux c'est grotesque. Laissez cela aux jeunes, voyons !

En toutes circonstances, effacez-vous, gémissez doucement, claudiquez sans à-coups, emmitouflez vos vieux os, gantez vos arthrites métacarpiennes disgracieuses, étouffez vos tristes toux matinales, minimisez vos cancers.

Si votre petit-fils vous demande : " Qu'est-ce que t'as là grand-mère ? ", ne dites pas : " C'est un cancer récidiviste qui me ressort par le genou. " Dites : " Ça, c'est la grosse bouboule sur la papatte à Mémé ! ouh! La grosse bouboule! Aguiliguili la bou-boulsulapatamémé ! "

De la même façon, Si vous piquez, n'embrassez pas les nouveau-nés dans les berceaux. Une poignée de main suffira.

A table, broutez sobrement, sans forcer sur les protides qui sont hors de prix.

Si vous êtes parkinsonien, molletonnez votre assiette pour l'insonoriser. Mieux mangez sur du polystirène avec une fourchette en skaï; pour picorer des brisures de riz, c'est bien suffisant.

N'oubliez pas que le tilleul, dont le prix ne cesse de grimper depuis l'attentat de Sarajevo, est un redoutable excitant, surtout sucré.

Ne soyez pas un poids mort pour vos chers enfants. Rendez-vous utiles dans la maison.

Profitez de vos insomnies pour rentrer le charbon, ou pour repeindre votre chambre qui sera bientôt transformée en salle de jeux quand vous ne serez plus là.

Si vous tremblez, ne faites pas la vaisselle, faites les cuivres, et mettez au point un numéro de maracas ou de castagnettes, qui vous permettra de faire une apparition remarquée à la fin des repas de famille.

Quand votre fille reçoit, déguisez-vous en bonne à tout faire et servez à table.

Répondez au téléphone en imitant l'accent espagnol, ou mieux, l'accent anglais ( pour essayer d'avoir une voix de fille au pair à quatre-vingts ans, un bon truc : remplacez carrément le tilleul par de l'eau chaude, ça lave les cordes vocales ).

Si vous dormez dans la chambre contiguë à celle de vos chers enfants, amusez-vous à ronfler bruyamment : c'est un exercice qui égayera vos insipides insomnies tout en permettant à vos chers enfants de faire l'amour en poussant des cris stridents sans appréhender que vous les entendiez. Les jeunes ont leur pudeur.

Enfin, si vous n'êtes pas trop moche, offrez votre corps à la science pour éviter les frais d'enterrement. Et surtout, dès que vous sentirez venir la mort, ôtez vos dents en or. C'est une simple question de délicatesse.

P.S. : Maman, si tu me lis, tout ça, c'est pour de rire. Viens à la maison. J'ai fait les cuivres.
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